La Guérison - Se Laisser le Temps

 Photo : Cynthia Caraz

Photo : Cynthia Caraz

Originalement, le texte fut écris en anglais - parfois, ça sort comme ça.
Un énorme merci à Karine, qui dans sa grande générosité, a su traduire en français avec tellement de justesse.  

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En ce début du mois d’août, on peut enfin dire que plus de la moitié de
2017 est derrière nous – et j’ai l’impression de vous entendre soupirer de
soulagement.

Selon les prévisions cosmiques, 2017 était censée être une année ardente,
marquée par l’instabilité, le changement et l’action. Mais ce chaos (vive les
éclipses et rétrogrades) nous offre l’occasion d’offrir à notre âme
d’importantes leçons.

Il y a quelques mois, j’ai dû subir une biopsie mammaire, pour le moins
traumatisante. Cette expérience m’a laissée tendue et meurtrie, mais
surtout complètement déconnectée de mes corps physique et émotionnel.
Après l’intervention, j’étais comme en lendemain de veille émotif; la
douleur, le stress et l’incertitude m’avaient complètement vidée de mon
énergie. Dans les jours qui ont suivi, je suis passée en mode guerrière,
convaincue que je devais confronter et oblitérer ma souffrance. Quand je
ne travaillais pas, je me tapais en rafale des séries sur Netflix et je m’auto-
médicamentais avec de fortes de doses de mari. L’objectif était simple : si je
pouvais juste changer mes pensées et entraîner mon esprit à n’avoir que
des pensées heureuses, je pourrais enfin oublier tout ça et passer à un
autre appel.

Petite nouvelle, mes amies : ce n’est pas comme ça qu’on guérit. D’origine
allemande, le mot healing, ou guérison, veut dire restaurer, rétablir –
remettre en entier. Alors je me suis demandé : comment peux-tu recoller
les morceaux d’une chose que tu essaies d’oublier avec autant
d’acharnement?

Et voilà qu’une semaine après la biopsie, je me retrouvais dans une classe
de Yin yoga les seins nus, pour amasser des fonds pour la Fondation du
cancer du sein. Je m’étais inscrite à cet événement des semaines avant
même de savoir que je devrais subir la biopsie. C’est ce que j’appelle le
Divine Timing, ou synchronicité divine – comme si l’Univers conspirait à

m’aider en créant l’espace nécessaire à la guérison de mes blessures.
Quand j’ai mis le pied dans la pièce feutrée, éclairée aux chandelles, j’ai été
emportée par l’élan d’amour et de respect profond de ces femmes
rassemblées pour se soutenir entre elles, entre sœurs. Hypnotisée par
l’ambiance, je me suis dirigée vers mon tapis. On m’a invitée à prendre la
posture de l’enfant, et j’ai subtilement retiré mon soutien-gorge, dernière
armure qui camouflait encore mes sutures et mes plaies. À cet instant
précis, j’ai été envahie par une infinie vague de compassion et de tendresse
envers moi-même. La Guerrière intérieure a lentement commencé à
s’étioler pour permettre à la Mère intérieure de panser et soigner les
fragments brisés de moi-même.

Quand mon front a touché le sol, mes yeux se sont emplis de larmes de
délivrance; des larmes si nécessaires qu’elles ne goûtaient pas comme
d’habitude. C’est là que les flashbacks sont apparus – la chaise d’hôpital,
glaciale sous mon corps, alors que je levais le bras pour laisser l’immense
aiguille percer mon sein gauche. Les efforts que je déployais pour garder ma
contenance, tentant d’approfondir mon souffle court. L’espace autour de
mon cœur, étranglé, et mon corps entier pris de tremblements. Alors que
ces pensées assaillaient mon esprit, j’ai pleuré toutes les larmes de mon
corps, j’ai libéré tout le fouillis de mon cœur, jusqu’à ce que je n’aie plus
rien à purger. Plutôt que d’éviter mes pensées, j’ai manifesté le courage de
les vivre. Je n’étais ni triste ni effrayée, mais plutôt soulagée d’un fardeau
que je portais sans le savoir.

Pendant cette magnifique pratique de 75 minutes, j’ai revécu les sensations
physiques de la biopsie avec une clarté surprenante. J’étais enfin en paix
avec toute cette expérience. Mon corps, imparfait mais sacré, avait survécu
à cette bataille et il était prêt à profondément enterrer la hache de guerre
dans le sol des mémoires passées. Grâce au Yoga, j’ai repris contact avec
mon corps, j’ai plongé dans mon ressenti. Enfin, la souffrance ne m’habitait
plus. Elle s’apparentait maintenant à un souvenir lointain, à une épreuve
que j’avais réussi à intégrer, puis à résoudre, me laissant plus forte et un
peu (beaucoup) plus sage qu’avant.

J’ai de la chance : mes seins et moi, on est en parfaite santé. Somme toute,
je me sais aussi privilégiée d’avoir traversé ce processus en pleine
conscience. L’expérience m’aura beaucoup appris sur ce qu’est en réalité la
guérison, sur ce qu’il faut pour franchir les étapes nécessaires à la réfection
des parties brisées de nous-mêmes. Comme le dit si bien Peter A. Levine
dans Réveille le Tigre : guérir le traumatisme, le processus de guérison est intérieur. Il faut
pouvoir plonger dans les profondeurs de notre propre océan et affronter
les marées avec courage. En acceptant de tout ressentir – tant au niveau
physique qu’émotionnel – on peut enfin réintégrer son corps et s’y sentir
chez soi.

Toute épreuve devient une occasion unique de transformation. Mais n’allez
pas croire que c’est un processus facile – le chemin de la guérison est pavé
d’obstacles. C’est un parcours sinueux, qui vous laissera ébranlée. Un
parcours fascinant, qui vous laissera assagie, habitée du pouvoir
d’orchestrer votre propre guérison.